Herbe
Titre original : Herbe
Réalisation : Matthieu LEVAIN Olivier PORTE
Année de production : 2009
Origine : France
Durée : 1H16
Tous publics
Avec :
Entretien avec Olivier Porte, co-réalisateur | Entretien avec Pierre Rahbi | Notre avis
Olivier, qu’est ce qui pousse un jeune homme frais sorti d’une école d’ingénieurs agro à passer deux ans de sa vie autour d’un film ?
Ma dernière expérience comme étudiant a été particulièrement enthousiasmante : rencontre avec des éleveurs du Larzac et du Massif Central qui faisaient un travail remarquable en bio, mais surtout en quasi autonomie, collaboration avec Marcel Mézy et Georges Toutain, pionniers de l’agro-écologie… tout ça dans un contexte de remise en cause croissante et justifiée des modèles agricoles productivistes, et un intérêt grandissant du public pour ce qu’il y a dans son assiette. Et puis, j’ai entendu parler d’André Pochon et de ces éleveurs bretons, privés des aides de la Politique Agricole Commune (les fameuses primes PAC) parce qu’ils avaient choisi de nourrir leurs vaches à l’herbe, plutôt qu’avec du maïs fourrage et du soja brésilien importé…!? On marchait sur la tête ! Faire un film grand public sur ces éleveurs était une bonne manière de se positionner sur le terrain politique, plutôt que technique, et d’apporter sa contribution au débat agricole et alimentaire. La motivation de Matthieu Levain, un ami du lycée qui était en train de créer sa société audiovisuelle et dont je connaissais le caractère résolument déterminé a fait le reste. Et on s’est mis à plancher tous les deux sur la rédaction du projet, sans trop savoir où ça nous mènerait…
Le choix pour montrer les dérives de la PAC, de focaliser votre sujet sur l’élevage laitier est il emblématique ?
Notre objectif n’est pas seulement de montrer les dérives de la PAC. On cherche avant tout à démontrer qu’en matière d’agriculture, des alternatives au modèle productiviste existent et qu’elles sont à la fois cohérentes et économiquement efficaces (compétitives). En un mot, qu’elles répondent aux critères du développement durable auxquels tout secteur d’activité aspire aujourd’hui. Et les éleveurs herbagers du film nous le démontrent sans équivoque puisque leur lait est collecté au même prix et par les mêmes acteurs que le lait des autres éleveurs ! Le message du film est très positif ! Ensuite on cherche à comprendre les déterminants des dysfonctionnements, autrement dit, pourquoi ces alternatives ne sont pas appliquées par tous les paysans partout où elles sont possibles. Il est alors question des dérives des grosses coopératives agricoles, qui en plus de collecter et de valoriser la production des paysans, leur fournit les outils de production (engrais, machines, semences, aliments, pesticides…), et les conseils qui les accompagnent. Ce qui conduit à déposséder le paysan de son libre arbitre et de son savoir-faire, pour le réduire à une activité de main d’oeuvre agricole. On voit dans le film comment elles n’ont pas intérêt à ce que les éleveurs choisissent l’herbe, qui ne nécessite presque rien et leur garantie leur autonomie. L’autre déterminant est évidemment la PAC. Sur ce point, il faut reconnaître, même si la distribution des aides reste très inégalitaire, que la dernière réforme a apporté des améliorations au niveau européen. L’injustice que subissent les herbagers bretons est le fait de décisions prises au ministère de l’agriculture à Paris, pas à Bruxelles. Elles sont le résultat de la pression du syndicat majoritaire, et des groupes coopératifs et privés qui ont su, comme d’habitude, sauvegarder leurs intérêts au moment des dernières
négociations. Aux dépends des éleveurs clairvoyants qui refusent l’absurdité en nourrissant leurs vaches à l’herbe !
Comment avez-vous travaillé en binôme avec Matthieu Levain qui contrairement à vous venait de l’image ?
On a d’abord travaillé sur la définition du projet. Matthieu découvrait un univers dans lequel je baignais depuis un moment, et nos échanges ont été très constructifs. Le travail d’auteur est le fruit d’une longue réflexion commune par thématique (l’emploi, l’économie agricole, l’environnement, les coopératives, la PAC…) à laquelle ont également participé David Hollécou et Alexandre Teboul, qu’on remercie. Après un an et demi de va-et-vient entre Montpellier et les productions parisiennes, et faute d’être parvenu à en convaincre une de nous accompagner, on a décidé de partir réaliser le film à nos frais, et donc en toute indépendance. A l’image des herbagers, on a fait de la production autonome, économe !
Pour la suite, à Matthieu est naturellement revenu le volet artistique et technique et à moi l’argumentaire, avec des compromis à trouver. Une confiance mutuelle, une bonne compatibilité de caractères et une sensibilité commune ont fait que les 3 semaines de tournage se sont bien déroulées et qu’on n’a pas eu trop de mal à tomber d’accord au montage… c’est une co-réalisation en bonne et due forme.
Quand on pense actuellement à la représentation au cinéma du monde paysan on pense à deux extrêmes : d’un côté la paysannerie mourante de moyenne montagne vu par l’objectif attentif de Raymond Depardon dans « La Vie moderne », d’autre part un montage très rythmé pour montrer l’agriculture productiviste dans « We feed the world ». Où vous situez vous ?
Nous faisions le même constat. Et parmi nos intentions de départ, celle ambitieuse de « dresser un tableau humain et réaliste de la paysannerie contemporaine ». Mais avec le recul, on s’aperçoit qu’il n’y a pas une paysannerie, mais bien une multitude. Les films de Depardon décrivent une réalité, Erwin Wagenhofer en dépeint d’autres dans « We feed the world ». Les sujets sont différents, les regards aussi. Pour notre part, on met en parallèle deux paysanneries dans le même contexte de production et sur un même territoire. Tout ce qu’on espère, c’est que « Herbe » plaise autant que ces deux références.
Quels ont été vos partis pris de mise en scène et d’entretiens avec les protagonistes ?
La mise en scène est assez libre. La plupart du temps, on suit les paysans dans leurs tâches quotidiennes, on s’abrite de la pluie comme on peut quand c’est nécessaire. Plus rarement, la caméra est fixe et les éleveurs attablés. Les entretiens sont très ouverts, à peine guidés, et on a choisi l’absence de voix-off. Ca donne un rendu authentique, un peu brut parfois, mais assez plaisant pour qui n’attend pas une approche type reportage. « Herbe » est un documentaire cinématographique.
On est étonné notamment par la première séquence assez lente où un éleveur explique avec détail les différentes qualités d’herbe, ou par la séquence de l’insémination artificielle ?
Lors de cette première séquence aux côtés de Christian Le Fustec, la caméra plonge dans l’herbe. C’est une manière de rentrer dans le coeur du sujet, en soulignant l’expertise et le savoir-faire paysan autour de l’herbe. Nourrir ses vaches à l’herbe implique de la patience, une attention particulière, une gestion intelligente de ses prairies. A l’inverse, le maïs, c’est la facilité. Plus loin dans le film, il est comparé aux boîtes de conserve. Il y a quelque chose d’universel là-dedans, qui nous renvoie à nos modes de vie moderne. Un parallèle entre les choix que font les éleveurs pour nourrir leurs vaches et nos propres habitudes alimentaires aussi. La séquence de l’inséminateur a fait l’objet de pas mal de critique, mais on y est attachés à double titre. En tout début de film, on voit Patrick Le Fustec avec son troupeau. Et parmi les vaches, un magnifique taureau. Chez les productivistes, c’est un monsieur un peu pressé qui joue le rôle du taureau entre un mur en béton et une barrière métallique. Le rapport à l’animal est différent. D’autre part, c’est la seule séquence dont on disposait qui témoigne de l’activité économique et des différents métiers qui se développent autour des exploitations productivistes. Autour d’elles gravitent outre l’inséminateur, le technico-commercial de la coopérative qui cherche à vendre des engrais, de l’aliment ou des produits phytosanitaires, le vétérinaire qui vient soigner des animaux surmenés… tout une économie dont le paysan ne tire aucun bénéfice. D’où l’importance de l’autonomie pour les éleveurs.
On a l’impression que vous avez le souci très honorable de ne pas stigmatiser de manière caricaturale et environnementale un modèle productiviste ou ceux qui en sont les exécutants mais plutôt de présenter de manière objective les conséquences concrètes notamment économiques de tels choix sur les principaux intéressés ?
En nous accueillant, les producteurs du GAEC* Allain-Carrer ont joué le jeu, et on les en remercie. Il était normal qu’en retour, on ne se borne pas à condamner leur position sans chercher à en comprendre les causes. Il aurait d’ailleurs été contre-productif de le faire. Aussi, dans le montage final, on insiste sur la vulnérabilité de leur système de production comme sur leurs marges de manoeuvre réduites compte tenu de leur endettement important. On a essayé d’être le plus objectif possible. Leurs ressentis sur leur métier et leur qualité de vie émanent d’eux. On n’a eu recours à aucun artifice pour obtenir la séquence sur les petits oiseaux ou celle sur les 35 heures. On comprend qu’ils ont leur part de responsabilité dans leur propre situation, comme dans la situation actuelle en Bretagne d’ailleurs. Ils en paient les conséquences. Mais au fil du film, des déterminants macro, les positions de la profession (syndicat majoritaire, coopératives) et les politiques agricoles nationales et européennes apparaissent doucement comme les premières responsables, puisqu’elles justifient les choix qu’ils ont faits à l’échelle de leur exploitation.
En quoi votre film est un road movie paysan ?
C’est un road movie… paysan, donc assez lent. Un road movie en tracteur en quelque sorte, loin des grosses cylindrées clinquantes de la Rd 66 ! « Road movie paysan » renvoie à cette balade plutôt tranquille sur les routes bretonnes, d’une ferme à l’autre.
Et puis il y a l’idée de cette recherche de vérité au fil des rencontres et des témoignages, sur le modèle de la quête initiatique des personnages souvent dépeinte dans les road movies. Mais on va arrêter là, parce que ça commence à être un peu tiré par les cheveux !
Après deux ans de galères le film va enfin sortir en salles, auriez vous imaginé ce parcours du combattant et si c’était à refaire ?
Le film sortira plus de 3 ans après nos premiers repérages en décembre 2005. On n’imaginait évidemment pas un tel parcours et autant de difficultés, et tant mieux, parce que ça nous aurait probablement découragés. Si c’était à refaire…
Ma dernière expérience comme étudiant a été particulièrement enthousiasmante : rencontre avec des éleveurs du Larzac et du Massif Central qui faisaient un travail remarquable en bio, mais surtout en quasi autonomie, collaboration avec Marcel Mézy et Georges Toutain, pionniers de l’agro-écologie… tout ça dans un contexte de remise en cause croissante et justifiée des modèles agricoles productivistes, et un intérêt grandissant du public pour ce qu’il y a dans son assiette. Et puis, j’ai entendu parler d’André Pochon et de ces éleveurs bretons, privés des aides de la Politique Agricole Commune (les fameuses primes PAC) parce qu’ils avaient choisi de nourrir leurs vaches à l’herbe, plutôt qu’avec du maïs fourrage et du soja brésilien importé…!? On marchait sur la tête ! Faire un film grand public sur ces éleveurs était une bonne manière de se positionner sur le terrain politique, plutôt que technique, et d’apporter sa contribution au débat agricole et alimentaire. La motivation de Matthieu Levain, un ami du lycée qui était en train de créer sa société audiovisuelle et dont je connaissais le caractère résolument déterminé a fait le reste. Et on s’est mis à plancher tous les deux sur la rédaction du projet, sans trop savoir où ça nous mènerait…
Le choix pour montrer les dérives de la PAC, de focaliser votre sujet sur l’élevage laitier est il emblématique ?
Notre objectif n’est pas seulement de montrer les dérives de la PAC. On cherche avant tout à démontrer qu’en matière d’agriculture, des alternatives au modèle productiviste existent et qu’elles sont à la fois cohérentes et économiquement efficaces (compétitives). En un mot, qu’elles répondent aux critères du développement durable auxquels tout secteur d’activité aspire aujourd’hui. Et les éleveurs herbagers du film nous le démontrent sans équivoque puisque leur lait est collecté au même prix et par les mêmes acteurs que le lait des autres éleveurs ! Le message du film est très positif ! Ensuite on cherche à comprendre les déterminants des dysfonctionnements, autrement dit, pourquoi ces alternatives ne sont pas appliquées par tous les paysans partout où elles sont possibles. Il est alors question des dérives des grosses coopératives agricoles, qui en plus de collecter et de valoriser la production des paysans, leur fournit les outils de production (engrais, machines, semences, aliments, pesticides…), et les conseils qui les accompagnent. Ce qui conduit à déposséder le paysan de son libre arbitre et de son savoir-faire, pour le réduire à une activité de main d’oeuvre agricole. On voit dans le film comment elles n’ont pas intérêt à ce que les éleveurs choisissent l’herbe, qui ne nécessite presque rien et leur garantie leur autonomie. L’autre déterminant est évidemment la PAC. Sur ce point, il faut reconnaître, même si la distribution des aides reste très inégalitaire, que la dernière réforme a apporté des améliorations au niveau européen. L’injustice que subissent les herbagers bretons est le fait de décisions prises au ministère de l’agriculture à Paris, pas à Bruxelles. Elles sont le résultat de la pression du syndicat majoritaire, et des groupes coopératifs et privés qui ont su, comme d’habitude, sauvegarder leurs intérêts au moment des dernières
négociations. Aux dépends des éleveurs clairvoyants qui refusent l’absurdité en nourrissant leurs vaches à l’herbe !
Comment avez-vous travaillé en binôme avec Matthieu Levain qui contrairement à vous venait de l’image ?
On a d’abord travaillé sur la définition du projet. Matthieu découvrait un univers dans lequel je baignais depuis un moment, et nos échanges ont été très constructifs. Le travail d’auteur est le fruit d’une longue réflexion commune par thématique (l’emploi, l’économie agricole, l’environnement, les coopératives, la PAC…) à laquelle ont également participé David Hollécou et Alexandre Teboul, qu’on remercie. Après un an et demi de va-et-vient entre Montpellier et les productions parisiennes, et faute d’être parvenu à en convaincre une de nous accompagner, on a décidé de partir réaliser le film à nos frais, et donc en toute indépendance. A l’image des herbagers, on a fait de la production autonome, économe !
Pour la suite, à Matthieu est naturellement revenu le volet artistique et technique et à moi l’argumentaire, avec des compromis à trouver. Une confiance mutuelle, une bonne compatibilité de caractères et une sensibilité commune ont fait que les 3 semaines de tournage se sont bien déroulées et qu’on n’a pas eu trop de mal à tomber d’accord au montage… c’est une co-réalisation en bonne et due forme.
Quand on pense actuellement à la représentation au cinéma du monde paysan on pense à deux extrêmes : d’un côté la paysannerie mourante de moyenne montagne vu par l’objectif attentif de Raymond Depardon dans « La Vie moderne », d’autre part un montage très rythmé pour montrer l’agriculture productiviste dans « We feed the world ». Où vous situez vous ?
Nous faisions le même constat. Et parmi nos intentions de départ, celle ambitieuse de « dresser un tableau humain et réaliste de la paysannerie contemporaine ». Mais avec le recul, on s’aperçoit qu’il n’y a pas une paysannerie, mais bien une multitude. Les films de Depardon décrivent une réalité, Erwin Wagenhofer en dépeint d’autres dans « We feed the world ». Les sujets sont différents, les regards aussi. Pour notre part, on met en parallèle deux paysanneries dans le même contexte de production et sur un même territoire. Tout ce qu’on espère, c’est que « Herbe » plaise autant que ces deux références.
Quels ont été vos partis pris de mise en scène et d’entretiens avec les protagonistes ?
La mise en scène est assez libre. La plupart du temps, on suit les paysans dans leurs tâches quotidiennes, on s’abrite de la pluie comme on peut quand c’est nécessaire. Plus rarement, la caméra est fixe et les éleveurs attablés. Les entretiens sont très ouverts, à peine guidés, et on a choisi l’absence de voix-off. Ca donne un rendu authentique, un peu brut parfois, mais assez plaisant pour qui n’attend pas une approche type reportage. « Herbe » est un documentaire cinématographique.
On est étonné notamment par la première séquence assez lente où un éleveur explique avec détail les différentes qualités d’herbe, ou par la séquence de l’insémination artificielle ?
Lors de cette première séquence aux côtés de Christian Le Fustec, la caméra plonge dans l’herbe. C’est une manière de rentrer dans le coeur du sujet, en soulignant l’expertise et le savoir-faire paysan autour de l’herbe. Nourrir ses vaches à l’herbe implique de la patience, une attention particulière, une gestion intelligente de ses prairies. A l’inverse, le maïs, c’est la facilité. Plus loin dans le film, il est comparé aux boîtes de conserve. Il y a quelque chose d’universel là-dedans, qui nous renvoie à nos modes de vie moderne. Un parallèle entre les choix que font les éleveurs pour nourrir leurs vaches et nos propres habitudes alimentaires aussi. La séquence de l’inséminateur a fait l’objet de pas mal de critique, mais on y est attachés à double titre. En tout début de film, on voit Patrick Le Fustec avec son troupeau. Et parmi les vaches, un magnifique taureau. Chez les productivistes, c’est un monsieur un peu pressé qui joue le rôle du taureau entre un mur en béton et une barrière métallique. Le rapport à l’animal est différent. D’autre part, c’est la seule séquence dont on disposait qui témoigne de l’activité économique et des différents métiers qui se développent autour des exploitations productivistes. Autour d’elles gravitent outre l’inséminateur, le technico-commercial de la coopérative qui cherche à vendre des engrais, de l’aliment ou des produits phytosanitaires, le vétérinaire qui vient soigner des animaux surmenés… tout une économie dont le paysan ne tire aucun bénéfice. D’où l’importance de l’autonomie pour les éleveurs.
On a l’impression que vous avez le souci très honorable de ne pas stigmatiser de manière caricaturale et environnementale un modèle productiviste ou ceux qui en sont les exécutants mais plutôt de présenter de manière objective les conséquences concrètes notamment économiques de tels choix sur les principaux intéressés ?
En nous accueillant, les producteurs du GAEC* Allain-Carrer ont joué le jeu, et on les en remercie. Il était normal qu’en retour, on ne se borne pas à condamner leur position sans chercher à en comprendre les causes. Il aurait d’ailleurs été contre-productif de le faire. Aussi, dans le montage final, on insiste sur la vulnérabilité de leur système de production comme sur leurs marges de manoeuvre réduites compte tenu de leur endettement important. On a essayé d’être le plus objectif possible. Leurs ressentis sur leur métier et leur qualité de vie émanent d’eux. On n’a eu recours à aucun artifice pour obtenir la séquence sur les petits oiseaux ou celle sur les 35 heures. On comprend qu’ils ont leur part de responsabilité dans leur propre situation, comme dans la situation actuelle en Bretagne d’ailleurs. Ils en paient les conséquences. Mais au fil du film, des déterminants macro, les positions de la profession (syndicat majoritaire, coopératives) et les politiques agricoles nationales et européennes apparaissent doucement comme les premières responsables, puisqu’elles justifient les choix qu’ils ont faits à l’échelle de leur exploitation.
En quoi votre film est un road movie paysan ?
C’est un road movie… paysan, donc assez lent. Un road movie en tracteur en quelque sorte, loin des grosses cylindrées clinquantes de la Rd 66 ! « Road movie paysan » renvoie à cette balade plutôt tranquille sur les routes bretonnes, d’une ferme à l’autre.
Et puis il y a l’idée de cette recherche de vérité au fil des rencontres et des témoignages, sur le modèle de la quête initiatique des personnages souvent dépeinte dans les road movies. Mais on va arrêter là, parce que ça commence à être un peu tiré par les cheveux !
Après deux ans de galères le film va enfin sortir en salles, auriez vous imaginé ce parcours du combattant et si c’était à refaire ?
Le film sortira plus de 3 ans après nos premiers repérages en décembre 2005. On n’imaginait évidemment pas un tel parcours et autant de difficultés, et tant mieux, parce que ça nous aurait probablement découragés. Si c’était à refaire…
Pierre Rahbi est Fondateur de « Terre et Humanisme » et des « Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme ».
En quoi Herbe fait il un constat pertinent de la situation agricole en Europe ?
Le film HERBE met en évidence une problématique du rapport de production, du rapport d'exploitation animale, pose ainsi la question du choix du type de production et pointe du doigt les possibilités qui s'offrent aux agriculteurs aujourd'hui. Nous voyons à travers Herbe l'élevage dans des logiques différentes, l'élevage traditionnel étant devenu aujourd'hui l'élevage moderne. Ce documentaire veut poser la question de remettre ou non l'animal dans des conditions de vie et d'exploitation plus satisfaisantes. Cette réflexion sur un mode de vie plus naturel et plus satisfaisant est finalement le point central du film. Il amène à réfléchir sur les conditions de la vie que l'on organise pour les animaux et donc pour soi-même. Le film montre le choix le plus intelligent de manière objective, sans forcément porter de jugement : il essaie au contraire de comprendre pourquoi aujourd'hui l'agriculture n'a pas de sens.
Pouvons-nous affirmer aujourd'hui que nous possédons les clefs pour construire une agriculture autonome et qui répondrait aux besoins de l'humanité ? Quels sont ces moyens ?
Oui, absolument, et sans remettre en cause les acquis de la modernité, mais en réfutant les schémas productivistes, on pourrait nourrir l'humanité sur un schéma qui déploierait une culture des territoires, par l'idée de multiplier les producteurs, les agriculteurs... Or aujourd'hui, on assiste à une dramatique diminution du nombre d'agriculteurs. Nous devons nous orienter vers un retour à la polyculture d'élevage, à des exploitations à taille humaine, afin de participer à la reconstitution d'un écosystème.
Et comme spécialisation signifie monoculture, une ferme équilibrée doit en fait produire tout ce qui lui est nécessaire si elle était assiégée.
Tout le système organisationnel doit être interactif et se construire selon un dispositif de recyclage et non de dissipation des matériaux. Aujourd'hui, le système de production agricole est organisé autour de la destruction alors qu'il devrait s'organiser autour de l'idée de régénération et d'optimisation des ressources.
Voilà une liste des moyens pour reconstruire l'agriculture dans nos pays :
1. Changement de logique : il est plus important de mettre beaucoup d'agriculteurs au travail, dans l'idée d'un retour des vrais paysans (pas des « exploitants agricoles »)
2. Option nationale : l'urbain ne participe pas à la production de son alimentation (2,3 % de paysansdans la population active). Il faut penser la nécessité de repenser une politique d'équilibre entre ruraux et urbains
3. Possibilité d'un effet positif sur le chômage avec le redéploiement des urbains dans les campagnes.
4. Création de communauté autonome et développement de la vie locale.
5. L'échange doit se faire selon une idée de rareté.
6. Il est de plus essentiel de repenser le problème de la politique foncière car elle correspond à un vrai handicap de l'élan rural.
De plus en plus d'individus se dirigent vers le monde rural et on observe comme un retour à la terre.
Nous le percevons à travers le nombre croissant de personnes qui participent aux formations proposées par Terre et Humanisme au Mas de Beaulieu en Ardèche pour comprendre l'utilisation de techniques respectueuses de l'environnement et des règles de durabilité. De l'urbain vers le rural, une aspiration réellement importante semble s'amplifier.
Ce n'est pas forcément pour devenir agriculteur : cela incarne plutôt un changement du rapport à la terre dans le but de faire de la production alimentaire ou financière ou de s'organiser une vie avec un bout de terre à travailler, de réfléchir un art de vivre, de se libérer d'un système d'extrême dépendance.
Que pensez-vous de ce qu'il risque de se passer dans l'avenir ?
Nous serons obligés de changer nos pratiques, peut-être dans la terreur, après s'être fourvoyés dans la modernité. Les personnes devront se retourner vers d'autres modes de production, d'autres modes de
vie. En raison de la conjecture, le modèle érigé dans lequel nous vivons est fondé sur des types d'énergie, de transport, et notamment le pétrole se limitant, il va être nécessaire d'opérer des changements. En effet, dans le modèle agricole dominant actuel, ces types de cultures vont être de moins en moins compétitifs. Le type d'approche montré dans le film HERBE doit ainsi être propagé. Il faut donc absolument multiplier les petites unités gérées sur des critères de durabilité, de respect de
santé, nous pourrions dire salubrité alimentaire, santé alimentaire.
En quoi Herbe fait il un constat pertinent de la situation agricole en Europe ?
Le film HERBE met en évidence une problématique du rapport de production, du rapport d'exploitation animale, pose ainsi la question du choix du type de production et pointe du doigt les possibilités qui s'offrent aux agriculteurs aujourd'hui. Nous voyons à travers Herbe l'élevage dans des logiques différentes, l'élevage traditionnel étant devenu aujourd'hui l'élevage moderne. Ce documentaire veut poser la question de remettre ou non l'animal dans des conditions de vie et d'exploitation plus satisfaisantes. Cette réflexion sur un mode de vie plus naturel et plus satisfaisant est finalement le point central du film. Il amène à réfléchir sur les conditions de la vie que l'on organise pour les animaux et donc pour soi-même. Le film montre le choix le plus intelligent de manière objective, sans forcément porter de jugement : il essaie au contraire de comprendre pourquoi aujourd'hui l'agriculture n'a pas de sens.
Pouvons-nous affirmer aujourd'hui que nous possédons les clefs pour construire une agriculture autonome et qui répondrait aux besoins de l'humanité ? Quels sont ces moyens ?
Oui, absolument, et sans remettre en cause les acquis de la modernité, mais en réfutant les schémas productivistes, on pourrait nourrir l'humanité sur un schéma qui déploierait une culture des territoires, par l'idée de multiplier les producteurs, les agriculteurs... Or aujourd'hui, on assiste à une dramatique diminution du nombre d'agriculteurs. Nous devons nous orienter vers un retour à la polyculture d'élevage, à des exploitations à taille humaine, afin de participer à la reconstitution d'un écosystème.
Et comme spécialisation signifie monoculture, une ferme équilibrée doit en fait produire tout ce qui lui est nécessaire si elle était assiégée.
Tout le système organisationnel doit être interactif et se construire selon un dispositif de recyclage et non de dissipation des matériaux. Aujourd'hui, le système de production agricole est organisé autour de la destruction alors qu'il devrait s'organiser autour de l'idée de régénération et d'optimisation des ressources.
Voilà une liste des moyens pour reconstruire l'agriculture dans nos pays :
1. Changement de logique : il est plus important de mettre beaucoup d'agriculteurs au travail, dans l'idée d'un retour des vrais paysans (pas des « exploitants agricoles »)
2. Option nationale : l'urbain ne participe pas à la production de son alimentation (2,3 % de paysansdans la population active). Il faut penser la nécessité de repenser une politique d'équilibre entre ruraux et urbains
3. Possibilité d'un effet positif sur le chômage avec le redéploiement des urbains dans les campagnes.
4. Création de communauté autonome et développement de la vie locale.
5. L'échange doit se faire selon une idée de rareté.
6. Il est de plus essentiel de repenser le problème de la politique foncière car elle correspond à un vrai handicap de l'élan rural.
De plus en plus d'individus se dirigent vers le monde rural et on observe comme un retour à la terre.
Nous le percevons à travers le nombre croissant de personnes qui participent aux formations proposées par Terre et Humanisme au Mas de Beaulieu en Ardèche pour comprendre l'utilisation de techniques respectueuses de l'environnement et des règles de durabilité. De l'urbain vers le rural, une aspiration réellement importante semble s'amplifier.
Ce n'est pas forcément pour devenir agriculteur : cela incarne plutôt un changement du rapport à la terre dans le but de faire de la production alimentaire ou financière ou de s'organiser une vie avec un bout de terre à travailler, de réfléchir un art de vivre, de se libérer d'un système d'extrême dépendance.
Que pensez-vous de ce qu'il risque de se passer dans l'avenir ?
Nous serons obligés de changer nos pratiques, peut-être dans la terreur, après s'être fourvoyés dans la modernité. Les personnes devront se retourner vers d'autres modes de production, d'autres modes de
vie. En raison de la conjecture, le modèle érigé dans lequel nous vivons est fondé sur des types d'énergie, de transport, et notamment le pétrole se limitant, il va être nécessaire d'opérer des changements. En effet, dans le modèle agricole dominant actuel, ces types de cultures vont être de moins en moins compétitifs. Le type d'approche montré dans le film HERBE doit ainsi être propagé. Il faut donc absolument multiplier les petites unités gérées sur des critères de durabilité, de respect de
santé, nous pourrions dire salubrité alimentaire, santé alimentaire.
Demandez le autour de vous, on vous fera invariablement de 7 à 77 ans la même réponse : les vaches mangent de l’herbe. Il va sans dire que malgré la pertinence de cette réponse logique la réalité est bien évidemment toute autre. Promue et accompagnée par l’INRA au milieu des années 50, la révolution fouragère poussait les éleveurs français à baser entièrement l’alimentation de leurs troupeaux sur l’herbe. A la fin des années 70, le modèle à suivre devient le système d’alimentation américain : maïs fourrage et soja. Le modèle « américain » est à ce point devenu aujourd’hui la norme que les éleveurs qui nourrissent leurs vaches d’herbe font à la fois de nos jours figure de marginaux et d’avant-gardistes. Herbe, le film, part à la découverte de deux exploitations, l’une herbagère, l’autre « productiviste », et confronte les deux modes de fonctionnement. Alors que fleurissent depuis plusieurs années les documentaires et autres enquêtes sur la « malbouffe », les dérives du productivisme, et tout ce qui a trait au développement durable, Herbe s’interesse davantage à analyser les mécanismes d’un système défaillant qu’à faire la morale à qui que ce soit. C’est l’une des forces du film de ne jamais appuyer ce qu’il démontre par des effets de montage faciles ou d’autres ficelles grossieres. Les arguments des uns et des autres sont entendus avec une égale et louable bienveillance. Certes, la famille qui tient l’exploitation productiviste –on serait étrangement tenté d’écrire « traditionelle » - semble un peu être le dindon de la farce, mais ne l’est elle pas réellement ? Poussée par Bruxelles – plus encore jusqu’à récemment par la politique agricole française – l’utilisation du maïs fourrager couplé au soja transgénique importé d’Amérique s’inscrit dans une mécanique implacable. Ce qui oppose le plus fondamentalement les deux types d’agriculture c’est l’autonomie. L’éleveur qui travaille au maïs et au soja est dépendant et moteur d’une chaîne aux rouages implacables. Subventionné par Bruxelles (l’élevage à l’herbe ne l’est pas), le productivisme nécessite de gros investissment et une interaction constante avec tout un tas d’acteurs qui tiennent le système. Semences à racheter tous les ans, exploitations qui nécessitent de gros investissments, coopératives qui poussent à la consommation des divers matériaux qu’ils revendent aux éleveurs (il faut savoir que les salaires des cadres des coopératives sont directement indexés sur le chiffre d’affaire), le paysan qui suit la marche productiviste est tenu de bout en bout et etoufé sous les crédits. En produisant moins, de manière plus légère, l’éleveur qui choisi l’élevage herbe gagne bien mieux sa vie que son collègue. Le retour a une méthode d’élevage plus traditionelle, moins technicienne et plus proche de la terre a aussi des effets inattendus. C’est ainsi qu’on peut entendre dans Herbe un paysan redécouvrir le chant des oiseaux et les animaux sauvages qui peuplent les terres qu’il ne fréquentait plus qu’en tracteur. La nature reprend ses droits et avec elle la nécessité de réapprendre à l’écouter, sublimée par une caméra aux cadres soignés, elle respendlit dans le film. Vulgarisateur mais pointu, Herbe nous amène, au delà de son contexte spécifique, à nous interroger sur l’organisation de notre société. Dommage que les réponses soient aux mains des gros syndicats agricoles et des semmenciers.
Francis Chérasse
Francis Chérasse
Cet article a bien été ajouté à votre panier.
Voir mon panier
ou
Continuer ma visite
Vous pourrez visualiser votre commande à tout moment en cliquant sur « mon panier » dans votre espace personnel
Voir mon panier
ou
Continuer ma visite
Vous pourrez visualiser votre commande à tout moment en cliquant sur « mon panier » dans votre espace personnel
Pour des raisons techniques, cet article n'a pu être ajouté à votre commande.
Continuer ma visite
Vous pourrez visualiser votre commande à tout moment en cliquant sur « mon panier » dans votre espace personnel
Voir mon panier
Continuer ma visite
Vous pourrez visualiser votre commande à tout moment en cliquant sur « mon panier » dans votre espace personnel
Voir mon panier
Cliquez, le cas échéant, sur le bouton de votre choix, puis sur la version du film désirée.
