Notre avis
| Le cinéma pink
Tourné en quatre jours seulement sur le toit de l’immeuble abritant sa propre société de production et rythmé par une bande-son oscillant entre mélancolie et hallucination –du blues au free jazz, en passant par le rock psychédélique–, le film de Koji Wakamatsu est un huis-clos en plein air à la poésie nihiliste aussi touchante que désespérante : usant des codes du cinéma pink sublimés par l’image de Hideo Ito, le cinéaste y dépeint un Japon à la dérive, en proie à la violence gratuite, et la désillusion d’une jeunesse en perdition. VA VA VIERGE POUR LA DEUXIEME FOIS est un film culte de la jeunesse japonaise des années 60.
Les pinku eiga -ou sexploitation japonaise- étaient des productions cinématographiques indépendantes qui, du milieu des années 60 au début des années 70, expérimentèrent une nouvelle forme de cinéma mêlant sexe et violence. Inspirés par les procédés narratifs, l’esthétique et les moyens de production de la « nouvelle vague », les films pink et leurs auteurs sont
indissociables de l’histoire de la gauche révolutionnaire japonaise. Ce mouvement cinématographique, certainement le plus extrême qui se développe alors dans les pays industrialisés, est pourtant comparable aux cinémas de Pasolini, en Italie, ou de Fassbinder, en Allemagne, qui distillent une même tendance à la subversion, un même goût pour l’onirisme, et une dénonciation de la « morale bourgeoise ».(Michaël Prazan, Les Fanatiques, Paris, Editions du Seuil, 2002, p. 18)